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Ambassadrice du Livre à l’AFEV

Après mes études, j’ignorais par où commencer pour trouver un emploi. En sociologie, j’ai appris à décortiquer des systèmes et, en lettres appliquées, j’ai appris à rédiger. Où sont passés les cours pour apprendre à vendre ses compétences ? Où sont passés les cours pour apprendre à se connaître soi-même et à savoir dans quelle direction avancer ? (Et les cours pour apprendre à remplir une feuille d’imposition, on en parle ?)

J’ai choisi de me donner un peu de temps de réflexion et d’effectuer un service civique. En 2019, j’ai intégré les rangs de l’AFEV et je suis devenue ambassadrice du livre.

enfant dans une bibliothèque
Ambassadrice du Livre à l'AFEV

Avec une cinquantaine d’autres jeunes, nous avons été accueillis dans les locaux de l’AFEV, dans le 3ᵉ arrondissement, ainsi qu’à la Maison de la jeunesse de la Guillotière, afin de nous former auprès de professionnels de l’enfance.

Nous avons étudié les différents âges de l’enfance, les étapes de développement des enfants, ainsi que les différents établissements dans lesquels nous serions susceptibles d’être envoyés. La plus grande partie de la formation consistait en la mise en place et en pratique d’activités ludiques autour du livre.

Comment donner envie aux enfants de ranger la BCD ? De quoi a-t-on besoin pour lire une histoire à haute voix ? Faut-il réagir aux questions (parfois hilarantes) des petits ? Que faire si un enfant n’écoute pas ? Que faire si notre activité ne fonctionne pas sur le terrain ?

Ainsi, nous avons pu, pendant ces quelques semaines, répondre à bon nombre de nos questions, mais aussi gagner en confiance, avec une liste d’idées à partager avec les enfants :

  • Lectures partagées : lire et faire lire
  • Lecture à haute voix : introduire une mise en scène, par exemple avec une marionnette
  • Dominos des livres : apprendre l’alphabet en rangeant la BCD
  • Associer les couleurs : ranger ou lire des livres en se fiant à la couverture plutôt qu’au titre
  • Récupération : utiliser les livres abîmés destinés à la benne pour en faire des œuvres artistiques
  • Imaginaire collectif : arrêter l’histoire avant la fin et demander aux enfants d’en imaginer une suite
  • Le dessin : illustrer une page d’un livre qu’ils ont aimé

Etc. : la seule limite est votre imagination.

Cette étape terminée, je suis officiellement devenue ambassadrice du livre et j’ai été déployée dans deux écoles.

P.-S. : ils recrutent de nouveaux ambassadeurs.

Une école élémentaire et une école maternelle m’accueillent dans le 4ᵉ arrondissement de Lyon. Ces deux bibliothèques, dont j’ai eu l’entière responsabilité, m’ont été confiées par leurs directeurs, tous deux enthousiastes à l’idée de voir revivre ces lieux qui demandaient un souffle nouveau. Et c’est peu dire !

La bibliothèque des maternelles se trouvait dans un ancien placard à balais (littéralement). Celle des élémentaires était aux trois quarts vide (merci les coupes budgétaires dans les écoles).

L’ambassadrice du livre, titre honorifique s’il en est, décerné par l’AFEV, c’était moi.
Pour les enfants, j’étais « la fille des livres ».
Pour les plus petits d’entre eux, j’étais « Hé, tu lis une histoire, toi ? ».

Je prenais en charge des groupes d’une dizaine d’élèves chaque jour, une centaine au total durant l’année scolaire, et je leur offrais des moments de « lecture plaisir ».

L’objectif était clair : raviver, chez les enfants le goût de la lecture. Il fallait leur rappeler que le livre peut être à la fois un espace d’apprentissage et un terrain d’aventure.

Je ne saurais expliquer précisément ce qui leur plaisait tant, à ces enfants. S’agit-il d’un mélange entre ma propre passion pour la lecture et la formation que j’avais suivie avec l’AFEV ? Maintenant que j’écris ces lignes, j’ai l’impression que ce qui amusait ces petits monstres, c’était surtout de se caler dans des coussins pour qu’on leur fasse la lecture.

Comment fait-on pour apprendre à des enfants le goût de la lecture ?
Vous donner quelques anecdotes est une méthode efficace pour évoquer cet apprentissage.

Un jour, une petite fille de 5 ans lisait son livre en le tenant à l’envers.
Elle tournait les pages dans le sens contraire et semblait très intéressée. Ce qu’elle comprenait de l’histoire, je n’en savais rien. Je lui ai fait remarquer, mais elle n’a pas voulu le remettre à l’endroit pour autant. Loin de moi l’idée de lui dire comment elle devait lire : ma mission était de leur faire découvrir le plaisir de la lecture, pas d’enseigner.

Quand je l’interroge, la petite m’explique qu’elle avait déjà lu ce livre à l’endroit, mais qu’il fallait aussi le lire à l’envers.

C’était pour « bien tout lire », a-t-elle affirmé avec certitude, du haut de son coussin. « Parce que sinon, tu connais que l’histoire à l’endroit, alors que l’histoire à l’envers, ce n’est pas la même. »

Logique. Finalement, c’était peut-être moi qui n’avais rien compris.

Vous êtes parent et vous avez lu 15 000 fois le même livre à votre bout de chou ? Je comprends…

Kirikou et la hyène noire, grand classique pour mes maternelles, a eu tout le succès mérité, et plus encore. Je l’ai lu tant de fois qu’un jour, j’en ai fait un jeu. Le livre avait disparu : il fallait le retrouver et, pour cela, connaître son alphabet.

Après quelques minutes de recherche à la lettre K, les enfants sont passés à la lettre H. Rien. Il aura fallu qu’ils trient chaque bac à livres, se rendant compte que beaucoup étaient mal rangés, pour enfin mettre la main sur leur Graal. En récompense de leurs efforts et du rangement effectué, je leur ai lu une histoire.

Avec tous les ouvrages qui sont passés entre leurs petites mains, il y en a bien un qui a attiré leur attention ? Ils ont choisi Kirikou et la hyène noire

Lorsque j’ai récupéré ma BCD chez les maternelles, elle était dans un mauvais état : les livres étaient dans des cartons, entassés sans ordre ni logique ; les poufs et les petits canapés étaient en tas contre le mur. Ma plus grande surprise fut tout de même de découvrir une armoire pleine de très (très) vieux livres, tous déchirés, sans couverture, avec des pages volantes ou manquantes.

Le directeur m’avait chargée du tri et avait laissé une poubelle à ma disposition pour les ouvrages sans avenir. J’ai toujours eu du mal avec le fait de jeter des livres.

J’ai préféré les entasser dans un coin et, une fois la BCD remise en état, l’une de mes premières activités fut de créer un collage immense que nous avons accroché au mur. Les enfants ont pu choisir des pages et des feutres de couleur. Nous avons découpé, collé, ajusté, dessiné, tous à genoux par terre, pour donner vie à cette œuvre d’art.

Ne jetez pas vos vieux ouvrages : ils serviront de toiles plus tard.

Un matin de novembre, toutes les institutrices sont en train de préparer les fêtes de fin d’année avec les enfants. Ma BCD ne fait pas exception : dans la nuit pousse un igloo. À l’intérieur de cet igloo (que j’ai fabriqué avec du carton, du coton et des pommes de pin), il y a une peluche en forme de pingouin.

Je n’avais commencé mon service civique que depuis un mois et j’avais besoin de créer du lien entre les enfants et moi. Avec chaque groupe d’enfants, j’ai demandé d’entrer dans la BCD sur la pointe des pieds. Cela a permis de créer une intrigue, un suspense et, surtout, le silence.

Estomaqués, les enfants ont fait la rencontre de Pigloo, le pingouin qui dort en attendant Noël. Toute l’année, ils m’ont demandé de ses nouvelles ; ils entraient doucement pour ne pas le réveiller et ont appris, en jouant, avec une simple histoire de pingouin, à lire tranquillement.

Les techniques et les cours dispensés par l’AFEV durant notre formation ont été concluants sur différents plans.

Après cette série d’anecdotes, vous avez dû constater qu’il y a nombre d’outils que j’ai utilisés. Je vous propose d’en faire le résumé.

  • Des livres adaptés à leur âge : c’est relatif, bien entendu ; certains enfants vont plus vite que d’autres pour apprendre à lire.
  • Un espace dédié : un petit pouf, une mini-bibliothèque, une petite table.
  • Des lectures partagées : faites la lecture d’une histoire que l’enfant a choisie ; vous pouvez aussi inverser les rôles, même s’il ne sait pas lire. Vous seriez surpris de l’imagination de votre enfant.
  • Laisser le choix du livre : même si l’enfant demande toujours la même histoire.
  • Laisser les enfants lire et tenir le livre comme ils l’entendent : cet objet doit être apprivoisé.
  • Le livre est sacré, mais… un livre qui a vécu et qui ne sera plus lu peut être reconverti en puzzle, en collage ou en livre de coloriage. Rien ne sert de jeter.
  • Le temps dédié à la lecture : c’est un temps calme. Les enfants en ont besoin, surtout dans un monde bruyant, stimulant, plein de mouvements, de lumière, d’horaires à respecter, etc. Offrez ce temps comme un cadeau.

Le maintient des bibliothèques fut sans nul doute un succès ! Les enfants se précipitaient vers moi avec tant d’enthousiasme qu’il a fallu organiser des plannings pour accéder aux BCD. J’ai eu la chance d’avoir à mes côtés des instituteurs et des directeurs qui ont soutenu mes projets et qui ont su m’accueillir dans leurs écoles. Ils prenaient au sérieux le rôle de l’AFEV et ses actions solidaires, ainsi que celui de l’ambassadrice du livre.

C’est d’ailleurs au cours de ce service civique que j’ai lu mes propres écrits naissants : La Grande Baleine à six nageoires. Ce fut un moment fondateur pour moi, car j’avais enfin le public que je souhaitais viser avec ces histoires. Je propose ici l’une de leurs histoires préférées ➡️

J’ai également appris à me faire confiance et à développer seule des activités, à les tester, à les corriger. Je me découvre une envie de continuer dans cette voie et, pour quelqu’un qui ne savait pas quoi faire après ses études, je me lance en tant qu’animatrice périscolaire pendant trois ans. J’ai finalement continué ce que je faisais : tenir une bibliothèque et créer des activités pour les enfants.

Quant à la fin de mon activité d’ambassadrice du livre, c’est avec une émotion certaine, et les remerciements chaleureux des deux directeurs, que mon poste s’est refermé derrière moi, emporté par l’arrivée du Covid et le confinement qui a suivi.

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